Le milieu catholique dont je suis issu, déséquilibré par la présence en son sein d'un autiste, avait fini par se scléroser en circuit fermé. Tout questionnement existentiel était d'avance écrasé car résolu depuis toujours par la présence tutélaire d'un Seigneur omnipotent asséné comme la réponse unique, définitive, obligatoire et universelle à tous les mystères de la vie. Je ne supportais plus l'exigence de l’abdication de toute problématique personnelle, et, pour mon salut, je ne pouvais que chercher à fuir si je voulais pouvoir exister de manière autonome et avoir un certain droit à faire valoir mes points forts. Deux de mes frères, trop sensibles, trop intelligents et trop talentueux pour une telle contrition du talent personnel au profit du médiocre priant régnant, n'ont pas résisté à cette broyeuse des âmes. Ils accompagnent désormais leur père au pays des tombes. Et restent comme des ombres suspendues sur des blessures inguérissables.